12.09.2008
Soirée "révérence"
Un bonbon en forme d'invitation vendredi dernier. Et oui un bonbon pot de départ.
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11.09.2008
L’usine qui ne produisait rien …
Dans cette région, il y avait une usine qui ne produisait rien. Mais les riverains eux trouvaient qu’elle causait déjà beaucoup de désagréments. Tout le monde se complaisait à philosopher sur son utilité ou plutôt son inutilité. Pourtant impassiblement, cette usine continuait à faire travailler des ouvriers pour qui rien ne changeait.
Son principe de fonctionnement était simple : de la matière première entre et moyennant de l’eau, d’autres produits et le travail d’immense machines qui font un vacarme infernal, on retrouve en sortie de la matière sous la même forme. A sa construction, on avait du mal à ressortir le même produit qu’en entrée. Alors plusieurs ingénieurs se sont penchés sur le problème et il fut résolu. Plus tard, il a fallut augmenter les cadences : produire plus et encore plus. Alors les ingénieurs ont modifié les machines pour s’adapter à la demande des clients. Récemment, il a fallu intégrer les lois environnementales. Alors on a revu les consommations d’énergie, de matières pour faire le moins de déchets possible. On a même dû installer une station d’épuration pour retraiter l’eau. Demain on demandera à la production d’être encore plus parfaite : tous les produits qui rentreront, devront ressortir dans le même état. Les ingénieurs cherchent déjà car ils savent que s’ils ne trouvent pas la concurrence, elle, ne les attendra pas.
Dans cette usine travaille un homme depuis des années. Cet homme, c’est le graisseur. Il est des ouvriers dans des usines qui sont hommes à tout faire : toute la journée il se balade avec sa burette et son pistolet à graisse. Le moindre roulement, le moindre palier, la moindre pièce en mouvement, il faut la surveiller pour qu’elle ne manque pas d’huile. Quand une machine tombe en panne, il sait aussitôt d’où vient la panne. Comme tous les métiers d’expérience, il ne dira jamais rien de son secret et inutile de lui graisser la patte. Pour lui, il suffit d’un peu d’huile de coude.
Pourtant le graisseur a remarqué qu’aujourd’hui les machines sont si performantes que les camions qui livrent la matière première ont juste le temps de se placer sur le quai d’expédition pour que la marchandise soit prête. Ce qu’il regretterait le plus, c’est que son usine perde de son charme. Progressivement, on ôte des étapes à la transformation de la matière jusqu’au point de ne plus rien faire. Malheureusement aujourd’hui, on préfère ne rien faire, plutôt que de risquer de ne faire rien. Il n’osait imaginer la fermeture de l’usine, car qu’irai-t-on raconter sur l’usine, s’il n’y a plus rien à dire ?
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10.09.2008
Voir
Voilà deux heures qu’il tournait dans sa cuisine.
Toute sa vie, il avait travaillé aux Forges devant les fours chauds. A l’époque il n’était pas rare de commencer à travailler à 13 ou 14 ans. Mais pour ces gamins, l’usine représentait l’espoir de ne pas travailler au champ. L’agriculture arrivait à peine à nourrir tout le monde. Alors l’usine était un revenu supplémentaire, même s’il fallait y travailler très dur, souvent au prix de sa santé et de sa vie. Beaucoup comme lui souffrent. La lumière intense qui se dégage des fours avait altéré progressivement sa vue. Et depuis qu'il est aveugle, il bougonne toute la journée. Il était plutôt adroit de ses mains mais aujourd’hui comme elle ne servent plus, il s'ennuie. Il ne peut plus faire de jardinage comme autrefois. L’hiver, quand il faisait un temps à ne pas sortir un chien dehors, il tressait des paniers en osier qui allaient servir à récolter les pommes de terres et toutes autres sortes de légumes. Mais tout ça est terminé. Même les choses simples, il a du mal à les réaliser. Autrefois il aimait bien regarder la télévision et les informations mais aujourd'hui les images il ne les voit plus. Alors, on aurait pu croire qu’il n’avait qu’à attendre la mort.
Voilà deux heures qu’il tournait dans sa cuisine. Sa femme, en train de préparer à manger, lui lit d'habitude à cette heure le journal. Mais pendant les vacances d'été les horaires des tournées de la poste sont variables. Elle l'invita à s’asseoir. Il s’impatienta et fini par dire « J'ai jamais pris de vacances de ma vie moi ! »
Depuis que la cécité est complète les voisins l'ont trouvé changé. Il n'est plus ce vieux rétrograde aux idées bien arrêtées sur le monde. Il se rend compte parfois que l'absence d'image concentre son ouïe sur l'essentiel et qu'ainsi les informations télévisuelles ne l'intoxiquaient plus. Il a pris l’habitude d’écouter la radio et comme il n’a que ça à faire, il se passionnait pour les débats. Il avait ainsi appris à écouter les autres et comprendre leurs problèmes qui lui faisaient relativiser les siens.
Voilà deux heures qu’il tournait dans sa cuisine quand enfin la voiture de la poste se gare dans la cour.
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