24.09.2008
PS : « Battez vous contre vous même! »
Je vous propose aujourd'hui et demain de découvrir l'univers de cette école que j'ai fréquenté durant trois ans de préparation de mon diplôme d'ingénieur. Souvent détractée à cause de sa forme autrefois "un peu militaire", la période de transmission des valeurs (de l'école), que je préfère à période d'intégration est une étape pourtant essentielle dans la formation Arts et Métiers.
Annexe : Bonbon au goût … « Traditionnel »
Publié comme post-scriptum de mes fonctions de coordinateur de la réflexion sur la transmission des valeurs.
« Le site universitaire de Cluny est peut-être le plus petit de France mais sa densité de population n’est pas des moins élevées. Comme dans tout autre campus ou même zone densément peuplée, un règlement explicite ou tacite permet aux habitants de vivre pour le mieux. Ne dit-on pas d’ailleurs : la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Notre liberté se trouve d’autant restreinte que le nombre de voisins est important. La tolérance est donc une notion fondamentale qu’il convient d’appliquer pour la vie en société. Elle permet d’accepter la vie des autres. La raison et la théorie voudraient que par réciprocité il n’y ait jamais de problème. Mais les caractères pluriels des étudiants entrant en écoles d’ingénieur dépassent les limites de tolérance créant des dissensions. Sans volonté de faire fi de ces comportements, la vie en résidence serait rapidement l’enfer. Une période de sensibilisation à la vie en communauté est donc nécessaire pour que les barrières patronymiques soient levées. En effet la première étape est la prise de conscience que l’autre existe ; le respect d’une personne que l’on connaît est plus aisé, c’est un fait. Mais notre ambition ne s’arrête pas là : ce respect doit devenir systématique même pour les personnes que l’on ne connaît pas. C’est fort de cette expérience que plus tard l’ingénieur Arts et Métiers peut s’enorgueillir d’être apprécié de ses subordonnées qu’il sait respecter. Pour une vie meilleure les étudiants se battaient autrefois contre une administration opprimante, aujourd’hui c’est leurs propres défauts qu’ils essayent de combattre. Ils trimèrent pour cette qualité de vie qui leur permit de revendiquer une identité propre à leur promotion. Ils furent fiers d’avoir ainsi développé, par la confiance, des liens tels que l’entraide et la solidarité qu’ils voulurent appliquer toute leur vie. C’est sur ces fondements que repose aujourd’hui la communauté Arts & Métiers. Ces valeurs communes de Fraternité qui perdurent à l’initiative des élèves depuis qu’elles ont été insufflées par La Rochefoucauld, nous les appelons Traditions.»
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23.09.2008
... et puis plus rien
... et puis plus rien (1).
Depuis qu'il fait ses études dans une grande ville, il ne rentre chez lui voir ses parents que pendant les vacances. Absent la plupart du temps, il n'a pas perdu l'habitude de promener son chien. Quand il vivait là, c'était tous les jours qu'il le promenait. Il aurait bien aimé l'emmener avec lui mais pour son bonheur, il lui avait préféré la douleur de la séparation aux souffrances de la ville. De plus son chien était énorme et jappait contre les intrus si fort qu'on l'entendait dans tout le village. Les habitants le connaissaient, si bien qu’ils l'affectionnaient particulièrement. Depuis qu'il est parti, il a grandi et changé, aussi plus personne ne le reconnaît. Quand les gens le croisent en promenade il reconnaissent le chien et quand ils voient son père le lendemain ils lui disent : « Je crois que j'ai vu ton fils hier, j'ai reconnu le chien! ».
Ce jour là il s'était baladé au bord de la falaise et de la cascade. ... et puis brutalement plus rien.
Ce soir là il a fait pleurer cinq personnes, le lendemain quinze et le surlendemain une centaine.
... et puis plus rien (2).
Depuis qu'il fait ses études dans une grande ville, il ne rentre chez lui voir ses parents que pendant les vacances. Absent la plupart du temps, il n'a pas perdu l'habitude de promener son chien. Quand il vivait là, c'était tous les jours qu'il le promenait. Il aurait bien aimé l'emmener avec lui mais pour son bonheur, il lui avait préféré la douleur de la séparation aux souffrances de la ville. De plus son chien était énorme et jappait contre les intrus si fort qu'on l'entendait dans tout le village. Les habitants le connaissaient, si bien qu’ils l'affectionnaient particulièrement. Depuis qu'il est parti, il a grandi et changé, aussi plus personne ne le reconnaît. Quand les gens le croisent en promenade il reconnaissent le chien et quand ils voient son père le lendemain ils lui disent : « Je crois que j'ai vu ton fils hier, j'ai reconnu le chien! ».
Ce jour là il s'était baladé au bord de la falaise et de la cascade. Il ne lui a fallu que quelques secondes pour prendre sa décision. ... et puis brutalement plus rien.
Ce soir là il a fait pleurer cinq personnes, le lendemain quinze et le surlendemain une centaine.
17:32 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, littérature
22.09.2008
Les Alchimistes des Couleurs
« L’homme renverse les murs pour s’assurer sa liberté, mais il n’est plus que forteresse démantelée, ouverte aux étoiles. »
Saint Exupéry
« Regardez ! Vous portez tous une toge couleur grise. Et pour cause elle est fabriquée en lin. La mienne aussi, mais elle a quelques propriétés magiques. Le commerçant qui me l’a vendue m’a raconté l’histoire de l’ancien propriétaire de ce vêtement. Voulez-vous que je vous raconte son histoire ? »
Devant la liesse du public il commença son histoire.
« Il y a bien longtemps dans notre cité, un scientifique, qui était parti en exploration, avait ramené une toge couleur de sang, celle que je porte. Quand il est rentré, il se réunit avec d’autres scientifiques dont il avait la confiance pour leur parler de sa découverte. Bientôt ils se rencontrèrent fréquemment pour savoir qu’elle était cette magie qui permettait de transformer un habit en une autre couleur. Ils avaient beau être discrets, beaucoup savaient ce qu’ils mijotaient si bien qu’on leur avait donné le surnom d’Alchimistes des couleurs. Progressivement tout le monde s’intéressait à leurs travaux. On disait qu’une poussière permettait de transformer des vêtements en couleur de ciel ou en couleur de sang. Quand le roi eut vent de ce qu’il qualifia de supercherie, il fut vexé qu’on lui volât ainsi la vedette. Il ne croyait pas une seule seconde à l’utilité d’une telle poudre. Ce qu’il voyait c’est que les petites gens de sa cité s’intéressaient plus à cette invention qu’à leurs travaux dans les champs et ceci lui posait un problème. Il mit donc au point un stratagème qui permit de détourner les scientifiques de leur recherche, sans qu’on l’accuse d’être un tyran.
Cela faisait très peu de temps que les scientifiques avaient trouvé une nouvelle façon de conserver les mémoires. Moi, votre conteur, suis en quelque sorte une mémoire du passé, car on m’a transmis les histoires de vos ancêtres, celles que je vous raconte. Mais les scientifiques n’ont pas besoin de conteur, ils ont inventé un langage qui permet de dire ce qu’ils veulent sans être là. L’un appose des signes avec un liquide noir sur un roseau déroulé et l’autre est capable de savoir ce que le premier voulait dire. Un peu comme si je faisais des signes dans la terre, que je parte et que vous puissiez déchiffrer. Mais qui ne s’effacerait pas avec le vent.»
- Qu’elle est le rapport avec le stratagème du roi, demanda un enfant qui écoutait passionnément l’histoire du conteur.
« J’y viens. Voyez-vous, le problème des scientifiques était qu’ils ne savaient pas s’ils devaient utiliser leur nouvelle mémoire pour écrire leurs découvertes sur les couleurs. Certains pensaient qu’il fallait à tout prix que cette découverte traverse les âges, tandis que d’autres trouvaient que cela était trop dangereux pour leur vie, que si le roi venait à savoir ce qu’ils avaient découvert, il s’en emparerait pour renforcer sa puissance et sa fortune personnelle.
Le roi avait bien compris qu’il avait une carte à jouer. Il fit donc répandre un sujet de débat dans la cité par l’intermédiaire des instances religieuses sur l’utilité de mémoriser la mythologie. Le résultat ne se fit pas attendre. Les scientifiques étaient si absorbés par la question de mémoriser leurs conclusions, qu’ils ne travaillaient plus à leur véritable sujet de préoccupation, les couleurs. Quand, lors de dîners, le roi les invitait pour les féliciter de leurs travaux, il glissait systématiquement l’utilité de mémoriser leurs travaux tant il aimait comprendre de quoi était faite notre cité, leur disait-il. Cette phrase produisait comme un second souffle dans les débats des scientifiques qui finirent par se fâcher et se séparèrent à force de ne plus travailler. On n’entendit plus jamais parler de ces alchimistes. Certains dirent qu’ils ont été exécutés, d’autres dirent qu’ils sont partis.
Cette toge couleur de sang que je porte est l’unique trace de leurs recherches et de leurs existences. Ils avaient bien inventé un langage mémoire mais on n’en retrouva rien. Heureusement que les conteurs sont là pour réveiller les histoires perdues ! »
La foule s’était amassée autour du jeune conteur. Elle semblait être captivée par l’histoire et quand le conteur eu terminé, les gens mirent quelques temps pour retrouver leurs esprits comme si cette histoire les avait transportés ailleurs et qu’il fallait revenir à la réalité. Tous l’applaudirent pendant qu’il faisait passer son chapeau de paille.
Le conteur avait réussit pour la première fois à captiver son auditoire, ce qui lui procura une joie qui le baignait dans un rêve où il se sentait bien. Il errait dans la rue, la tête dans les nuages, en regardant à peine où il marchait, quand il s’aperçut qu’il avait traversé la ville, dépassant la rue où il habitait. Il finit par arriver à une heure plus tardive que d’habitude, mais peu lui importait, ce soir. Il se prépara à dîner puis alla se coucher.
L’enivrement du succès s’était peu à peu estompé. Il éprouvait, en se remémorant son histoire, quelques difficultés à trouver le sommeil. Il avait comme un mauvais pressentiment. Il ne pouvait se défaire du fait que ce que l’on reprochait aux alchimistes, on eût pu le lui reprocher de la même façon.
La nuit qui suivit, le conteur fut réveillé au milieu de la nuit par des hommes en armes. On le conduisit dans une prison, où on lui annonça qu’on l’emmènerait dès l’aube le perdre dans le désert…
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