28.09.2008
Encore merci...
Demain je prend un autre chemin, en espérant que celui-ci croisera le votre de temps en temps. Et s'il le faut provoquons le.
Encore merci pour tout, l'excellence de votre professionnalisme, votre voyage de départ, vos petits mots touchants et sympas, la soirée de jeudi soir.
A bientôt pour une soirée photos ?
22:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.09.2008
Révérence 2.0
Chez les grands de ce monde, que dis-je très Grands de ce monde, la révérence, c'est avant tout une histoire de politesse. Ah, ces commentateurs qui se questionnaient de savoir si Carla Bruni Sarkozy allaient faire sa révérence à la reine d’Angleterre ! Et oui, car la Révérence, plus qu’une génuflexion, c’est avant tout une considération du respect. Et ça c’est classe !
Chez BS point de Grands du monde, que des clients à qui l'on fait des courbettes à longueurs de journée. Tantôt clown blanc, tantôt Auguste, jongleurs ou dresseur de fauves, il faut être équilibriste pour travailler dans ce grand cirque. Parfois on en pleur, parfois on en rit, parfois on en souffre, parfois on en exulte, mais jamais on reste indifférent.
La Révérence, c'est quand un artiste quitte la scène en s’inclinant devant son public. En général, et si vous avez fait un peu de scène vous en conviendrez, c’est le moment où l’on dit « ouf, c’est fini », où la pression retombe et qu’il reste l’euphorie d’un spectacle réussi.
Chez BS point de scène de théâtre, juste des serveurs de productions où s’animent des blogs comme des pantins que l’on agite avec des ficelles. Tiens, c’est les spectateurs qui deviennent artistes ? Mais non, c’est du Web 2.0 !
Certains se contentent d’un clin d’œil, d’autre d’une poignée de main ou d’un kowtow et bien nous, ce sera une révérence, car je suis bien triste d’être au départ, sans vous. Mais au fait, le départ, c’est le début ? Pour moi, qui suis dans les starting block, c’est le début. Pourquoi on fait un pot pour fêter la fin ? Ah, pour BS, c’est la fin. C’est donc vous qui me quittez bande de lâcheur !
Dans ce cas, c’est à vous que revient la responsabilité de tenir le spectacle et donc l’initiative faire la révérence 2.0.
Merci à tous.
12:26 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.09.2008
Ces Traditions d’un autre temps
Je vous propose hier et aujourd'hui de découvrir l'univers de cette école que j'ai fréquenté durant trois ans de préparation de mon diplôme d'ingénieur. Souvent détractée à cause de sa forme autrefois "un peu militaire", la période de transmission des valeurs (de l'école), que je préfère à période d'intégration est une étape pourtant essentielle dans la formation Arts et Métiers.
Ces Traditions d’un autre temps
Il est peut être écrit que je ne dois pas comprendre. Voilà quelques minutes que je réfléchis, et rien. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi certains pensent que les gadz’arts sont des ingénieurs toujours en avance sur leur temps. Quand d’autres disent que leurs Traditions datent d’un autre temps.
En écoutant les vieux archis , mais alors les très vieux archis, j’arrive à imaginer un sens à cette phrase : « en avance sur leur temps ». Aux origines des écoles d’Arts et Métiers, les gens n’ayant que peu d’instruction, les gadz’arts apparaissaient comme les capitaines de l’industrie toujours à la pointe des techniques nouvelles. Mais aujourd’hui tout est différent. La concurrence des autres écoles, jeunes, dynamiques, propose des cadres bien aussi performants que nous. Le réseau des ingénieurs Arts & Métiers, me direz vous ? Le plus performant, certes, mais cela ne fait pas tout. La réelle spécificité des gadz’arts réside dans leurs Traditions, comprenant un réseau de collaborations et surtout un état d’esprit différent. Mais depuis quelque temps, il me semble que les gadz’arts accusent le déficit d’une image vieillissante. Tellement vieillissante que certains disent que les Traditions des gadz’arts sont d’un autre âge.
Décidément, je n’y comprends plus rien du tout. En avance sur leur temps ou vieillissants ? Les gens sont-ils si complexes pour qu’ils pensent pareillement ? Je me refuse à croire que nos Traditions sont d’un autre âge. Appliquées dans le sens de la raison, elles sont en effet un modèle de tolérance, de valeurs louables. Dans notre société, ô combien individualiste, qui déserte les religions, les associations caritatives, elles paraissent effectivement d’avenir, comme un but de sagesse et de bien-être au quotidien à atteindre pour l’homme. Tel était l’idéal de La Rochefoucauld . C’est peut-être aussi cela que voulait dire le vieil archi en disant que les gadz’arts étaient en avance sur leur temps.
Les hommes n’auraient-ils pas tous le dessein du progrès de l’humanité, que certains pensent que nos Traditions sont vieillissantes ? Serions-nous fous ? Non, elles sont jugées vieillissantes parce que leurs tendances évoluent à l’inverse de notre société. Crânement, j’ai envie de dire : « Et alors ! Peu importe, soyons sûrs de prendre le bon wagon, celui du progrès de l’humanité comme on le voyait déjà au siècle des Lumières. ». Alors que plus qu’hier, les gens se complaisent à rester seuls, à s’auto-congratuler de leur matérialisme, les Traditions défendent l’idéal de Fra-Ter-Ni-Té, notre devise.
Dans les faits, je ne sais qui a raison. Ce dont je suis sûr, c’est qu’être gadz’arts, c’est perdre du temps pour en gagner à chaque instant. C’est perdre du temps pour aider un copain de promo qui en a besoin, c’est en gagner à chaque instant parce qu’à 140, chacune de nos forces est décuplée. C’est perdre du temps pour former les conscrits , c’est en gagner à chaque instant en s’enrichissant de contacts nouveaux. C’est aussi soulever cet apparent paradoxe de Traditions d'un autre âge, que mettent en pratique des gadz'arts, qui dit-on, sont des ingénieurs toujours en avance sur leur temps. Perdre du temps, c’est accepter de vieillir sans déserter son idéal. En gagner à chaque instant, c’est prendre de l’avance.
1 (Argot gadzarique) : anciens élèves de l’ENSAM
2 Créateur des écoles d’Arts et Métiers, initiateur de la société philanthropique des anciens élèves des Arts et Métiers
3 (Argot gadzarique) : Elève de première année
12:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.09.2008
PS : « Battez vous contre vous même! »
Je vous propose aujourd'hui et demain de découvrir l'univers de cette école que j'ai fréquenté durant trois ans de préparation de mon diplôme d'ingénieur. Souvent détractée à cause de sa forme autrefois "un peu militaire", la période de transmission des valeurs (de l'école), que je préfère à période d'intégration est une étape pourtant essentielle dans la formation Arts et Métiers.
Annexe : Bonbon au goût … « Traditionnel »
Publié comme post-scriptum de mes fonctions de coordinateur de la réflexion sur la transmission des valeurs.
« Le site universitaire de Cluny est peut-être le plus petit de France mais sa densité de population n’est pas des moins élevées. Comme dans tout autre campus ou même zone densément peuplée, un règlement explicite ou tacite permet aux habitants de vivre pour le mieux. Ne dit-on pas d’ailleurs : la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Notre liberté se trouve d’autant restreinte que le nombre de voisins est important. La tolérance est donc une notion fondamentale qu’il convient d’appliquer pour la vie en société. Elle permet d’accepter la vie des autres. La raison et la théorie voudraient que par réciprocité il n’y ait jamais de problème. Mais les caractères pluriels des étudiants entrant en écoles d’ingénieur dépassent les limites de tolérance créant des dissensions. Sans volonté de faire fi de ces comportements, la vie en résidence serait rapidement l’enfer. Une période de sensibilisation à la vie en communauté est donc nécessaire pour que les barrières patronymiques soient levées. En effet la première étape est la prise de conscience que l’autre existe ; le respect d’une personne que l’on connaît est plus aisé, c’est un fait. Mais notre ambition ne s’arrête pas là : ce respect doit devenir systématique même pour les personnes que l’on ne connaît pas. C’est fort de cette expérience que plus tard l’ingénieur Arts et Métiers peut s’enorgueillir d’être apprécié de ses subordonnées qu’il sait respecter. Pour une vie meilleure les étudiants se battaient autrefois contre une administration opprimante, aujourd’hui c’est leurs propres défauts qu’ils essayent de combattre. Ils trimèrent pour cette qualité de vie qui leur permit de revendiquer une identité propre à leur promotion. Ils furent fiers d’avoir ainsi développé, par la confiance, des liens tels que l’entraide et la solidarité qu’ils voulurent appliquer toute leur vie. C’est sur ces fondements que repose aujourd’hui la communauté Arts & Métiers. Ces valeurs communes de Fraternité qui perdurent à l’initiative des élèves depuis qu’elles ont été insufflées par La Rochefoucauld, nous les appelons Traditions.»
17:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.09.2008
... et puis plus rien
... et puis plus rien (1).
Depuis qu'il fait ses études dans une grande ville, il ne rentre chez lui voir ses parents que pendant les vacances. Absent la plupart du temps, il n'a pas perdu l'habitude de promener son chien. Quand il vivait là, c'était tous les jours qu'il le promenait. Il aurait bien aimé l'emmener avec lui mais pour son bonheur, il lui avait préféré la douleur de la séparation aux souffrances de la ville. De plus son chien était énorme et jappait contre les intrus si fort qu'on l'entendait dans tout le village. Les habitants le connaissaient, si bien qu’ils l'affectionnaient particulièrement. Depuis qu'il est parti, il a grandi et changé, aussi plus personne ne le reconnaît. Quand les gens le croisent en promenade il reconnaissent le chien et quand ils voient son père le lendemain ils lui disent : « Je crois que j'ai vu ton fils hier, j'ai reconnu le chien! ».
Ce jour là il s'était baladé au bord de la falaise et de la cascade. ... et puis brutalement plus rien.
Ce soir là il a fait pleurer cinq personnes, le lendemain quinze et le surlendemain une centaine.
... et puis plus rien (2).
Depuis qu'il fait ses études dans une grande ville, il ne rentre chez lui voir ses parents que pendant les vacances. Absent la plupart du temps, il n'a pas perdu l'habitude de promener son chien. Quand il vivait là, c'était tous les jours qu'il le promenait. Il aurait bien aimé l'emmener avec lui mais pour son bonheur, il lui avait préféré la douleur de la séparation aux souffrances de la ville. De plus son chien était énorme et jappait contre les intrus si fort qu'on l'entendait dans tout le village. Les habitants le connaissaient, si bien qu’ils l'affectionnaient particulièrement. Depuis qu'il est parti, il a grandi et changé, aussi plus personne ne le reconnaît. Quand les gens le croisent en promenade il reconnaissent le chien et quand ils voient son père le lendemain ils lui disent : « Je crois que j'ai vu ton fils hier, j'ai reconnu le chien! ».
Ce jour là il s'était baladé au bord de la falaise et de la cascade. Il ne lui a fallu que quelques secondes pour prendre sa décision. ... et puis brutalement plus rien.
Ce soir là il a fait pleurer cinq personnes, le lendemain quinze et le surlendemain une centaine.
17:32 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, littérature
22.09.2008
Les Alchimistes des Couleurs
« L’homme renverse les murs pour s’assurer sa liberté, mais il n’est plus que forteresse démantelée, ouverte aux étoiles. »
Saint Exupéry
« Regardez ! Vous portez tous une toge couleur grise. Et pour cause elle est fabriquée en lin. La mienne aussi, mais elle a quelques propriétés magiques. Le commerçant qui me l’a vendue m’a raconté l’histoire de l’ancien propriétaire de ce vêtement. Voulez-vous que je vous raconte son histoire ? »
Devant la liesse du public il commença son histoire.
« Il y a bien longtemps dans notre cité, un scientifique, qui était parti en exploration, avait ramené une toge couleur de sang, celle que je porte. Quand il est rentré, il se réunit avec d’autres scientifiques dont il avait la confiance pour leur parler de sa découverte. Bientôt ils se rencontrèrent fréquemment pour savoir qu’elle était cette magie qui permettait de transformer un habit en une autre couleur. Ils avaient beau être discrets, beaucoup savaient ce qu’ils mijotaient si bien qu’on leur avait donné le surnom d’Alchimistes des couleurs. Progressivement tout le monde s’intéressait à leurs travaux. On disait qu’une poussière permettait de transformer des vêtements en couleur de ciel ou en couleur de sang. Quand le roi eut vent de ce qu’il qualifia de supercherie, il fut vexé qu’on lui volât ainsi la vedette. Il ne croyait pas une seule seconde à l’utilité d’une telle poudre. Ce qu’il voyait c’est que les petites gens de sa cité s’intéressaient plus à cette invention qu’à leurs travaux dans les champs et ceci lui posait un problème. Il mit donc au point un stratagème qui permit de détourner les scientifiques de leur recherche, sans qu’on l’accuse d’être un tyran.
Cela faisait très peu de temps que les scientifiques avaient trouvé une nouvelle façon de conserver les mémoires. Moi, votre conteur, suis en quelque sorte une mémoire du passé, car on m’a transmis les histoires de vos ancêtres, celles que je vous raconte. Mais les scientifiques n’ont pas besoin de conteur, ils ont inventé un langage qui permet de dire ce qu’ils veulent sans être là. L’un appose des signes avec un liquide noir sur un roseau déroulé et l’autre est capable de savoir ce que le premier voulait dire. Un peu comme si je faisais des signes dans la terre, que je parte et que vous puissiez déchiffrer. Mais qui ne s’effacerait pas avec le vent.»
- Qu’elle est le rapport avec le stratagème du roi, demanda un enfant qui écoutait passionnément l’histoire du conteur.
« J’y viens. Voyez-vous, le problème des scientifiques était qu’ils ne savaient pas s’ils devaient utiliser leur nouvelle mémoire pour écrire leurs découvertes sur les couleurs. Certains pensaient qu’il fallait à tout prix que cette découverte traverse les âges, tandis que d’autres trouvaient que cela était trop dangereux pour leur vie, que si le roi venait à savoir ce qu’ils avaient découvert, il s’en emparerait pour renforcer sa puissance et sa fortune personnelle.
Le roi avait bien compris qu’il avait une carte à jouer. Il fit donc répandre un sujet de débat dans la cité par l’intermédiaire des instances religieuses sur l’utilité de mémoriser la mythologie. Le résultat ne se fit pas attendre. Les scientifiques étaient si absorbés par la question de mémoriser leurs conclusions, qu’ils ne travaillaient plus à leur véritable sujet de préoccupation, les couleurs. Quand, lors de dîners, le roi les invitait pour les féliciter de leurs travaux, il glissait systématiquement l’utilité de mémoriser leurs travaux tant il aimait comprendre de quoi était faite notre cité, leur disait-il. Cette phrase produisait comme un second souffle dans les débats des scientifiques qui finirent par se fâcher et se séparèrent à force de ne plus travailler. On n’entendit plus jamais parler de ces alchimistes. Certains dirent qu’ils ont été exécutés, d’autres dirent qu’ils sont partis.
Cette toge couleur de sang que je porte est l’unique trace de leurs recherches et de leurs existences. Ils avaient bien inventé un langage mémoire mais on n’en retrouva rien. Heureusement que les conteurs sont là pour réveiller les histoires perdues ! »
La foule s’était amassée autour du jeune conteur. Elle semblait être captivée par l’histoire et quand le conteur eu terminé, les gens mirent quelques temps pour retrouver leurs esprits comme si cette histoire les avait transportés ailleurs et qu’il fallait revenir à la réalité. Tous l’applaudirent pendant qu’il faisait passer son chapeau de paille.
Le conteur avait réussit pour la première fois à captiver son auditoire, ce qui lui procura une joie qui le baignait dans un rêve où il se sentait bien. Il errait dans la rue, la tête dans les nuages, en regardant à peine où il marchait, quand il s’aperçut qu’il avait traversé la ville, dépassant la rue où il habitait. Il finit par arriver à une heure plus tardive que d’habitude, mais peu lui importait, ce soir. Il se prépara à dîner puis alla se coucher.
L’enivrement du succès s’était peu à peu estompé. Il éprouvait, en se remémorant son histoire, quelques difficultés à trouver le sommeil. Il avait comme un mauvais pressentiment. Il ne pouvait se défaire du fait que ce que l’on reprochait aux alchimistes, on eût pu le lui reprocher de la même façon.
La nuit qui suivit, le conteur fut réveillé au milieu de la nuit par des hommes en armes. On le conduisit dans une prison, où on lui annonça qu’on l’emmènerait dès l’aube le perdre dans le désert…
12:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Dernière séance
Et voilà ma dernière semaine et gros brin de nostalgie, une grande impression de ne plus être à ma place avec plein de nouveaux visages qui remplacent les collaborateurs qui s'en vont...
Il est donc de circonstance de s'écouter la dernière séance de Monsieur Eddy. C'est tellement ça.
Paroles: Claude Moine. Musique: Pierre Papadiamandis 1977 "La dernière séance"
© Barclay
La lumièr' revient déjà
Et le film est terminé
Je réveille mon voisin
Il dort comme un nouveau-né
Je relèv' mon strapontin
J'ai une envie de bailler
C'était la dernièr' séquence
C'était la dernière séance
Et le rideau sur l'écran est tombé
La photo sur le mot fin
Peut fair' sourire ou pleurer
Mais je connais le destin
D'un cinéma de quartier
Il finira en garage
En building supermarché
Il n'a plus aucune chance
C'était sa dernière séance
Et le rideau sur l'écran est tombé
{Refrain1:}
Bye Bye les héros que j'aimais
L'entr' acte es terminé
Bye Bye rendez-vous à jamais
Mes chocolats glacés, glacés
J'allais rue des solitaires
A l'école de mon quartier
A cinq heures j'étais sorti
Mon père venait me chercher
On voyait Gary Cooper
Qui défendait l'opprimé
C'était vraiment bien l'enfance
Mais c'est la dernière séquence
Et le rideau sur l'écran est tombé
{Refrain2:}
Bye bye les fill's qui tremblaient
Pour les jeunes premiers
Bye bye Rendez-vous à jamais
Mes chocolats glacés, glacés.
La lumière s'éteint déjà
La salle est vide à pleurer
Mon voisin détend ses bras
Il s'en va boire un café
Un vieux pleure dans un coin
Son cinéma est ferm,
C'était sa dernière séquence
C'était sa dernière séance
Et le rideau sur l'écran est tombé
09:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.09.2008
Le photographe de la Nuit (2/2)
La grande misère de l'homme n'est pas la pauvreté, ni la maladie, ni l'hostilité des événements, ni les déceptions, ni la mort, mais le malheur d'ignorer pourquoi il naît, souffre et meurt.
Etienne LAMY
(suite) Jusqu'à maintenant il se demandait qui d'autre que lui pourrait immortaliser ce qu'il photographie s'il ne se rendait pas lui-même sur place ? De même, qui ferait la couverture de tel ou tel magazine ? Personne. Il sentait que son travail était indispensable. Il dut reconnaître qu'il s'agissait d'une ambition bien vaine, que si lui n’avait pas faite la couverture, alors le photographe du désert ou celui des animaux sauvages l'aurait faite. Il n'avait pas résolu son problème. Son cœur était toujours aussi aigri.
Il déclencha l'appareil juste au moment où une étoile filante passait. Il eut alors un éclair: « 1968 : assassinat de Martin Luther King, [...] 1993 : Nelson Mendela reçoit le prix Nobel de la paix. » Il lui sembla qu'il s'agissait d'un article de journal, mais il mit plusieurs secondes avant de se souvenir qu'il était question d'un hommage aux « Lumières Noires », ces hommes qui restaient dans les mémoires pour avoir combattu la ségrégation raciale. Ils avaient laissé une trace dans l'Histoire. En réfléchissant à son voeu, il remarqua que l'étoile filante laissait aussi une trace. Certes elle était plus éphémère, mais la trajectoire était visible grâce aux poussières qui se consumaient en entrant dans l'atmosphère. Il esquissa enfin un sourire quand il s'aperçut que sa photographie était aussi une trace, le témoin de l'Histoire, d'une histoire tout au moins.
Un chat traversa alors devant lui. Pas farouche, il s'arrêta. Le photographe sourit et lui demanda: « Est-ce vrai que les chats possèdent sept vies? ». Bien sûr, le chat n'eut qu'un miaulement comme réponse, mais il avait déjà ajouté que si c'était le cas, il espérait que les Lumières chats, seules y avaient droit et qu'au contraire les chats de mal n'y pouvaient compter. « Tu vois, nous n’avons jamais tant parlé de certaines personnes que depuis qu'elles sont mortes. » Au fur et à mesure qu'il réfléchissait sa pensée se structurait et était en train de dépasser la question « Y a-t-il une vie après la mort? ». Dans une certaine mesure, il répondait que oui; une vie qui commence en même temps que la vie physique et qui se poursuit à travers celles des autres, quelque part dans leurs mémoires. Voilà pourquoi il importait de faire du bien autour de soi pour rester vivant et continuer à faire éprouver du bien à l'évocation de son souvenir. Il venait de justifier l'existence d'un paradis. Une personne qui rayonne le bien autour de lui durant sa vie « active », resterait immortalisé dans les mémoires et dans les livres d'Histoire comme homme bon, au contraire de l'homme de mal qui irait en enfer se faire oublier.
La photographie est bien souvent le témoin d'un événement plus ou moins important, drôle, sérieux, historique, banal... Elle immortalise, elle capture un instant et pourtant la photographie est vivante car elle fait vivre les souvenirs. Peut-être est-il difficile de croire que l'on possède plusieurs vies, mais ce qui est certain, c'est que chacun possède une lumière, qui, elle, vit plus ou moins longtemps à travers le souvenir des autres.
11:58 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.09.2008
Maman Tupperware !
La jeunesse se reconnaît à trois signes essentiels : la volonté d'amour, la curiosité intellectuelle et l'esprit offensif.
Giovani Papini
« Mes parents sont vraiment des gens exceptionnelles. La preuve, c'est que je les adore. Mon côté matheux, je le dois plutôt à mon papa et le littéraire, à ma maman. Elle écrit merveilleusement bien : surtout les listes de courses. D'ailleurs je ne comprends pas comment elle fait pour ne jamais rien oublier. Mon papa, lui, fait les courses en passant son temps dans les rayons à calculer. C'est un fin économe mais pas fin gourmet. Il estime que plus la réduction d'un article est importante plus le produit est excellent. Bien souvent il est bon à acheter mais certainement pas à consommer.
Ma maman est mère au foyer et je garantis que ce n'est pas tant de travail qu'on pourrait le penser. Il y a même des jours où on se demande qui sont les parents et qui sont les enfants. Par exemple, pour se passer le temps, elle organise au moins deux fois par semaine des réunions de vente à domicile comme les ventes de Tupperware®, mais aussi de vêtements et d'autres articles ménagers. Le principe est plutôt simple. Elle invite ses voisines et si elle en réunit plus de dix, alors elle a droit à des boîtes plastiques spéciales pour le micro onde gratuites, ou une réduction sur des produits ménagers révolutionnaires. Autant dire qu'on possède la panoplie complète de ménage à la maison. J'appelle ce genre de vente du VPC : vrai piège à cons. Mais je dois bien avouer que ma mère est très organisée. Le mercredi comme les mamans sont occupées par leurs enfants, elle invite les grands-mères. Là c'est aussi VPC mais vrai piège à commères. Le salon est transformé en club du troisième âge. Il n'y a plus moyen d'écouter de la musique, la télévision, et pire même le téléphone est inaudible. Une espèce de bruit sourd et continu investit mes oreilles qui à chaque fois me donne un mal de têtes pour trois jours.
Ce qui la caractérise le plus c'est peut-être l'esprit d'ouverture. De temps en temps ma maman invite de nouvelles voisines. Elle participe, comme elle dit, à l'insertion des jeunes couples dans le quartier. Elle a pris d'ailleurs l'habitude de me consulter avant d'inviter une nouvelle personne puisque généralement les enfants sont à l'école avec moi. Je lui sers en quelque sorte de service de renseignements. Je la vois venir, quand elle me demande si je m’entends bien avec untel ou unetelle. En fait, je crois qu'elle se soucie peu de la réponse pour son invitation. Si elle est positive, c'est tant mieux, sinon elle considère qu'elle m'aide à me faire de nouveaux amis. Malheureusement, je crois bien elle est aveuglée par les affaires.
Un rituel auquel je ne peux échapper est l'essayage. C'est peut-être de là que me vient mon hypocrisie chronique. Il faut toujours que les crêpes soient meilleurs dans la nouvelle boîte Tupperware, que la robe du club du troisième âge s'accorde avec son pendentif ou sa nouvelle coupe de cheveux. Si par malheur, je grimace ma maman est si contrariée que j'en ai pour des heures à la consoler. »
14:29 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.09.2008
Le photographe de la Nuit (1/2)
Etre jeune, cela signifie être enthousiaste, non pas optimiste, car l'optimisme est une myopie. Être enthousiaste, c'est avoir un esprit qui calcule et un cœur qui ne calcule pas; ressembler à un soldat qui compte ses ennemis et puis qui oublie leur nombre en songeant à la beauté de la cause.
René Bazin
Les photographes sont bien souvent des artistes. Je ne parle pas, bien sûr, des paparazzis, mais de ceux qui traversent le monde pour capturer un souffle de vie ou plus généralement l'éphémère. En effet la photographie, pourtant statique, sait conserver l'émotion qui s'en dégage. Le photographe dont je vais vous parler était fasciné par la nuit. C'était un homme de l'ombre. Il photographiait à longueur de nuitée et quand il en avait terminé, à l'aube, il développait ses clichés dans une pièce encore sombre pour que la lumière n’abîme pas le film. Il ne sortait que la nuit et s'il lui arrivait de sortir le jour, il mettait toujours des lunettes noires. Il ne pouvait s'en passer, car il avait l'impression que tous les regards se focalisaient sur lui. Si tout le monde le connaissait, personne ne l'avait jamais vu.
Il publiait partout dans le monde. Il avait le génie des plus grands; tout le monde avait déjà vu un de ses clichés et les amateurs pouvaient même reconnaître ce style si particulier qui lui incombait sans même avoir vu la signature. Rien ne le rendait plus heureux que de faire des photographies, mais un jour une idée effroyable traversa son esprit, si bien qu'il se mit à pleurer devant un paysage magnifique. Les touristes qui étaient de passage crurent que l'émotion était responsable de ce trouble; il n'en était rien. Il était bel et bien triste. Il avait fait l'erreur de s'arrêter pour réfléchir.
Ne courrait-il pas après la lune? Toute sa vie il avait traqué la nuit. Pourtant il aurait suffit de l'attendre car elle revenait toujours remplacé le jour, qui lui même la remplaçait. Même dans certaines régions, le jour qui dure six mois finit toujours par être remplacé par la nuit. Or le photographe courrait à travers le monde à longueur d'année car il pensait que s'il y avait six mois de jour quelque part, c'est qu'il y avait ailleurs un endroit où le soleil était couché pendant ce temps. Il devenait évident que sans jour, pas de nuit et sans nuit, comment parler de jour ? L'un était indispensable à l'autre pour que les deux coexistent. La nuit l'avait libéré de l'espace mais il avait oublié une composante essentielle de la vie, le temps.
Il se remit au travail. Il régla le diaphragme pour que le cliché soit réussi. En effet le degré de luminosité est essentiel car on ne voit que la lumière dans une photographie, même si elle est prise, la nuit. La lumière renforce les détails, les fait vivre et leurs permet de s'exprimer. Une ville de nuit n'est belle que parce que de loin chaque lampadaire semble être une étoile. Il eut alors conscience que pour lui la photographie était sa lumière.
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