17.09.2008
Le photographe de la Nuit (1/2)
Etre jeune, cela signifie être enthousiaste, non pas optimiste, car l'optimisme est une myopie. Être enthousiaste, c'est avoir un esprit qui calcule et un cœur qui ne calcule pas; ressembler à un soldat qui compte ses ennemis et puis qui oublie leur nombre en songeant à la beauté de la cause.
René Bazin
Les photographes sont bien souvent des artistes. Je ne parle pas, bien sûr, des paparazzis, mais de ceux qui traversent le monde pour capturer un souffle de vie ou plus généralement l'éphémère. En effet la photographie, pourtant statique, sait conserver l'émotion qui s'en dégage. Le photographe dont je vais vous parler était fasciné par la nuit. C'était un homme de l'ombre. Il photographiait à longueur de nuitée et quand il en avait terminé, à l'aube, il développait ses clichés dans une pièce encore sombre pour que la lumière n’abîme pas le film. Il ne sortait que la nuit et s'il lui arrivait de sortir le jour, il mettait toujours des lunettes noires. Il ne pouvait s'en passer, car il avait l'impression que tous les regards se focalisaient sur lui. Si tout le monde le connaissait, personne ne l'avait jamais vu.
Il publiait partout dans le monde. Il avait le génie des plus grands; tout le monde avait déjà vu un de ses clichés et les amateurs pouvaient même reconnaître ce style si particulier qui lui incombait sans même avoir vu la signature. Rien ne le rendait plus heureux que de faire des photographies, mais un jour une idée effroyable traversa son esprit, si bien qu'il se mit à pleurer devant un paysage magnifique. Les touristes qui étaient de passage crurent que l'émotion était responsable de ce trouble; il n'en était rien. Il était bel et bien triste. Il avait fait l'erreur de s'arrêter pour réfléchir.
Ne courrait-il pas après la lune? Toute sa vie il avait traqué la nuit. Pourtant il aurait suffit de l'attendre car elle revenait toujours remplacé le jour, qui lui même la remplaçait. Même dans certaines régions, le jour qui dure six mois finit toujours par être remplacé par la nuit. Or le photographe courrait à travers le monde à longueur d'année car il pensait que s'il y avait six mois de jour quelque part, c'est qu'il y avait ailleurs un endroit où le soleil était couché pendant ce temps. Il devenait évident que sans jour, pas de nuit et sans nuit, comment parler de jour ? L'un était indispensable à l'autre pour que les deux coexistent. La nuit l'avait libéré de l'espace mais il avait oublié une composante essentielle de la vie, le temps.
Il se remit au travail. Il régla le diaphragme pour que le cliché soit réussi. En effet le degré de luminosité est essentiel car on ne voit que la lumière dans une photographie, même si elle est prise, la nuit. La lumière renforce les détails, les fait vivre et leurs permet de s'exprimer. Une ville de nuit n'est belle que parce que de loin chaque lampadaire semble être une étoile. Il eut alors conscience que pour lui la photographie était sa lumière.
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